IMG_1032Au Gabon, la bière de la «Régab» (Régie Gabonaise des Boissons) s’appelle pour le commun des mortels «Regardez les Gabonais boire». A Libreville, le soir à la fin d’une rude journée de travail, que ne voit-on pas des gens se rendre à "la réunion des parents d’élèves" .

Plus malin est l’étranger qui donnera la signification réelle de ce que l’on désigne ici sous le nom de code « Réunion des parents d’élèves. En tout cas pas les experts de l’UNESCO et de l’UNICEF. Dommage ! « Réunion des parents d’élèves », c’est en réalité ce mot de passe que se filent les Gabonais pour une randonnée autour d’un pot de régab, malamba, et "mussungu" l’une des boissons locales, fabriquée à base de jus de canne à sucre, la plus consommée de Libreville. Chut ! « On n’invite pas un ami à boire un verre de Musungu. On l’invite plutôt à une réunion des parents d’élèves pour ne pas irriter Madame et les enfants », aime-t-on à rappeler à tout étranger voulant déguster un pot de cette boisson traditionnelle très prisée des Gabonais. La Régab mais aussi le Malamba (vin de palme), le Mussungu (Vin de canne).

Carrefour Rio dans le 2e arrondissement de Libreville. Il est 16 heures 30. Le soleil vient de s’incliner laissant derrière lui la lueur de ses rayons à peine éclatants mais moins percutants que la canicule de la mi-journée. La circulation des voitures et même celle des piétons à ce plus grand carrefour de Libreville n’est pas encore accélérée. L’ambiance est cependant particulière sur le flanc gauche du rond point en partant du bord de la mer. Des camions de brousse déchargent leur cargaison de boissons sous les bousculades des petites revendeuses soucieuses d’avoir un produit de choix. Du bon Musungu, Malamba ou Mangrokom (vin de maïs) préparé dans les vapeurs de la périphérie de la capitale gabonaise.

regab C’est la fin du boulot pour les grossistes qui, les poches pleines s’engouffrent dans les troquets d’à côté pour des bonnes doses de « Régab », une bière typiquement gabonaise, gentiment appelée « Regardez les Gabonais boire. Il est 17h30. Le soleil se couche davantage. A 18 heures, le carrefour grouille de monde. Les élèves des écoles primaires des environs courent dans toutes les directions. Ils rentrent chez eux. Une foule bigarrée se masse sur le principal arrêt de cars. Entre vrombissements, klaxons de voitures et cris des « boy-chauffeurs » qui indiquent les directions des bus de transport en commun, c’est une cacophonie générale. La bousculade est à son comble pour les élèves, mères et pères de famille soucieux de vite regagner leurs domiciles.

Pendant ce temps, le flanc gauche du carrefour se remplit progressivement de monde. Les fidèles de Bacchus y prennent déjà place. Un premier Motorola (nom attribué aux pots de mayonnaise qui servent à la fois de verre et d’unité de mesure de ce vin. Un Motorola vaut 250 FCFA) « pour rincer les yeux », un deuxième « pour attendre les autres participants à la réunion », cinq voire dix litres cash pour mieux « tenir la réunion des parents d’élèves », impossible de compter le nombre de consommations demandé par chaque petit groupe de copains de service, du quartier ou anciens amis d’études qui s’y rassemblent pour la soit disant « réunion des parents d’élèves. Débat politique, économique et faits de société sont abondamment commentés. A défaut des diatribes et critiques assassines contre le régime en place, le sexe est le sujet qui fait couler le temps sans que personne ne se rende véritablement compte des dépenses et du temps perdu.

Cette ambiance est quasiment la même au PK 6 (entrée de Libreville par la route nationale), à l’échangeur de la Cité de la démocratie (vers l’aéroport) ou du Cap Estérias (au Nord de Libreville après l’aéroport), les principaux points de vente de ces boissons, fruits d’une fermentation naturelle qui rougit généralement les yeux et les lèvres de leurs buveurs. Les différentes écorces amères qui y sont ajoutées apportent une autre dimension : le courage et surtout la force sexuelle.

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce que les plus grandes rencontres aient lieu dans les points de vente de ces boissons. Les « grands quelqu’un », c’est-à-dire les hauts cadres de l’administration arrivent aux alentours de 18 heures et 21 heures à bord des 4 X 4. L’impressionnant stationnement de voitures fait penser à une grande rencontre politique à ces endroits. « C’est ça la réunion des parents d’élèves », commente Virginie, une des vendeuses de ce vin.

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