1251156254_OTTONG_ANDRE    Le cinéaste autodidacte et indépendant, André Ottong, est décédé le 24 août dernier à Libreville. Il aura été le précurseur du film indépendant gabonais, l’instaurateur d’une facture gabonaise du vidéo-clip et avait ramené quelques trophées du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Flash back sur cet outsider du cinéma gabonais.

Il n’a jamais fait parti de la caste officielle des cinéastes gabonais, regroupés au Centre national de cinéma (CENACI). Pour cela, il n’a jamais participé aux œuvres collectives que sont "L’auberge du salut" ou "Les années école".

Mais il a su se frayer un chemin dans le petit maquis de cette corporation au Gabon, au point d’être devenu l’inspirateur de tous ces vidéastes indépendants qui réalisent des films de fiction aujourd’hui au Gabon, à l’instar de Eric Mabadi, Melchy Obiang ou de Patrick Bouémé.

Parce qu’il s’était formé presque tout seul, certains disaient avec ironie qu’il était le Stanley Kubrick du Gabon, mais l’homme ne s’est jamais affublé de pseudonyme. Il s’appelait tout simplement André Ottong et il a quitté la planète des hommes ce lundi 24 août 2009 à 2 heures du matin, emporté par une maladie qui visiblement le rongeait depuis deux ans environ.

La quarantaine révolue, André Ottong était connu du public pour avoir réalisé en amateur la série télévisée "La Chambre des filles" et, sans aucune aide des pouvoirs publics, les longs métrages "Sy" et "La cithare".

"La Chambre des filles", qui met en scène le quotidien de quatre filles partageant le même appartement a reçu, en 2001, le Prix population et développement (télévision) au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco).

Il avait par ailleurs participé à la première édition du Festival du film du monde francophone à Alger du 23 mars au 3 avril 2006.
LA_CHAMBRE_DES_FILLES_2Il arrive au cinéma du fait d’une rencontre, en 1982, avec Marcel Sandja, cinéaste gabonais et réalisateur, entre autres, de "Oréga" et "Affaire Voisins". Celui-ci anime alors une troupe d’art dramatique dénommée AJECIGA (Association des jeunes cinéastes gabonais).

On y retrouve, entre autres, Michel Ndaot, Pierre Ndongo, Patrick Bouémé. André Côme Ottong y apprend les rudiments de la comédie et finit par tourner dans un film de Marcel Sandja. Celui-ci l’entraîne par la suite, avec la même troupe, dans le projet de TéléAfrica. En préparation à la création de cette télévision, des spots publicitaires et des courts-métrages sont tournés. André Ottong, qui est très réceptif et volontaire, devient l’assistant de Marcel Sandja et lorsque celui-ci repart aux études en France, il se met à tourner pour son propre compte des spots publicitaires à partir de 1990.

André Ottong, qui avait à peine terminé ses études primaires, a amélioré sa "tchatche" et sa culture entre temps. Il déborde d’imagination et d’énergie, casse la baraque à la télévision avec des déclarations iconoclastes sur le cinéma gabonais. Il se fait alors des ennemis dans la corporation et il restera à jamais en marge de celle-ci.

Au début des années 90, il commence la réalisation des vidéo-clips et révolutionne les choses avec la chanson "Bovengagoye" de Vickoss Ekondo dont les scènes étaient inspirées des ballets et de la rigueur technique du film "Un Prince à New York".

Sur une longue période les clips gabonais ont eu du mal à se départir des normes posées par Ottong : Ballets méticuleusement synchronisés, décors de villages africains, maquillages traditionnels ou guerriers, raphia et pailles en vrac.

André Ottong, qui se rendait régulièrement au Fespaco à son propre compte, a encore fait la fierté du Gabon en remportant lors de la 21è édition de ce festival, tenue du 28 février au 7 mars 2009, le prix International Planned Parenthood Federation (IPPF) d’un montant de 2.000.000 francs CFA pour son dernier film "Confession Finale".

Ce titre était-il prémonitoire? L’homme avait des projets plein la tête. On ose croire qu’il pourra les réaliser au paradis des cinéastes.

Source : gaboneco